Le Roi en jaune, inspirant mais incomplet

par Guilhem De Grenier

Le Roi en jaune est un recueil de 10 nouvelles de l’écrivain américain Robert W. Chambers. Ces écrits ont influencé nombre d’auteurs et d’autres œuvres, dont notamment le célèbre H.P Lovecraft et son Mythe de Cthulhu. Un recueil classique, passé à la postérité mais qui reste assez inégal dans le traitement de chacune des nouvelles. Une curiosité à lire si l’on aime le genre. Une aventure à vivre.

Éditeur : Horreur / Fantastique
Date de sortie : 2014
ISBN : 978-2-253-18400-3
Prix : 9€30
Disponible sur liseuse : oui, à 4,49 €

De quoi ça parle ?
À la suite d’une chute de cheval et de la lecture de la pièce interdite Le Roi en jaune, Hildred Castaigne souffre désormais d’une maladie mentale. Il ambitionne de devenir l’héritier du « dernier roi de la dynastie impériale d’Amérique » grâce à l’aide de M. Wilde, un étrange personnage autoproclamé « restaurateur de réputations. »

Robert.W Chambers. Le nom ne vous dit rien ? Et pourtant, Chambers, c’est plus de 90 livres publiés entre 1894 et 1933. Une influence importante sur la littérature fantastique et d’horreur reconnue par ses pairs. Bref, ce n’est pas n’importe qui. Alors pourquoi son nom n’est-il pas aussi connu que ceux de Lovecraft par exemple. Eh bien simplement parce que son recueil de nouvelles fantastiques, Le Roi en jaune, est un épiphénomène dans la bibliographie de Chambers. Le reste de cette dernière est composée de romans historiques, de jeunesse et autres… Le recueil fantastique fait donc office d’exception. A plusieurs niveaux d’ailleurs.

Un écrit interdit

Qu’est ce qui fait du Roi en jaune un texte si particulier ? Eh bien c’est cet écrit dans le recueil. Cet écrit éponyme qui donne son nom au livre. Le Roi en jaune. Un écrit qui bouleverse la vie de plusieurs personnages à travers le monde. C’est le leitmotiv principal des quatre premières nouvelles du recueil, dont le Restaurateur de réputations, probablement la meilleure nouvelle de ces dix histoires. Entre la pièce, l’être surnaturel du même nom et le signe jaune, l’horreur d’anticipation est partout dans ces quatre premiers textes.

Ces premières nouvelles mettent en place un imaginaire extraordinaire, portées par des narrateurs peu fiables pour la plupart, emportés par la folie inhérente à la lecture de l’écrit interdit ou à la supposition de l’existence d’un être surnaturel. C’est un exercice de style à part entière et Chambers parvient avec brio à nous faire ressentir la folie qui gagne les protagonistes qui ne savent plus même ce qu’ils racontent, entre eux, comme au lecteur. Quand on ajoute à ce quartet horrifique, la Demoiselle d’Ys et son amour courtois dans une Bretagne fantasmée, les cinq premiers récits du Roi en jaune sont de véritables réussites.

Si étrange est la nuit sous les étoiles noires

Si étranges les lunes tournant au ciel du soir

Mais plus étrange encore

Est Carcosa

Le roi en jaune / Robert w.Chambers

Et après ?

Après cette entrée en matière qui nous plonge dans le fantastique et l’horreur, le soufflet retombe un peu et le fantastique laisse place à autre chose. Des récits de vie dont le fantastique et l’horreur sont totalement absents. Une plongée plus fade dans le Paris de la fin du 19e siècle et du début du 20e. De probables retours sur les errements estudiantins de Chambers qui manquent cruellement de profondeur et ne sont pas au niveau des cinq premières nouvelles.

Ainsi, le recueil est vraiment coupé en deux. Une partie oppressante, fantastique, horrifique qui ne fait aucune concession et plonge le lecteur dans une folie du quotidien dont on ne ressort pas indemnes. Une deuxième partie plus terne et plate qui est plus largement passable. On en vient d’ailleurs à se demander ce que font ces dernières dans le recueil tant elles diffèrent des premières tant dans le fond que dans la forme.

Une réédition qui change la donne

Alors oui, dans le Roi en jaune, c’est 50/50, une moitié bonne, une moitié plus terne. Mais avec la réédition de 2016, deux nouveaux récits viennent compléter l’ouvrage. Un habitant de Carcosa et True Detective et le Roi en jaune apportent un véritable plus en terme de profondeur de l’univers et forment un tout cohérent avec les quatre premières nouvelles qu’il est appréciable de lire. Ces deux écrits redorent un peu le blason de l’ouvrage après cinq nouvelles plus fades.

Dans son édition de 2016, le Roi en jaune vaut donc la peine d’être lu, par des fans de Lovecraft comme par tous ceux qui souhaiteraient ressentir quelques frissons et de l’angoisse. Une belle découverte assurée et un classique du genre à lire ou à relire.

Vous devriez aimer :

  • L’oeuvre de H.P Lovecraft
  • Le Roi au masque d’or
  • Histoires extraordinaires

You may also like

Laissez un commentaire

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous présumons que vous êtes d’accord avec cela, mais vous pouvez vous retirer si vous le souhaitez. Accepter Lire plus