Twilight, une romance phénomène

par Guilhem De Grenier

De la série de romans intitulé « Saga du désir interdit » au phénomène Twilight, Stéphanie Meyer a réussi l’incroyable défi de démocratiser la romance paranormale grâce à un public de jeunes lecteurs plus qu’enthousiastes ! En moins de 10 ans, une saga de livres, des films, des parodies, des fan-fictions… L’auteure au succès indiscutable a bougé les lignes et démocratisé un genre. Coline et moi, on vous livre nos deux regards sur cette aventure !

Alors je fais partie de la première vague du public visé et… Touchée ! Adolescente, fan de fantasy et fantastique… Imaginez une romance liant les deux univers ! Wahou ! Du jamais vu pour mon petit cœur à la fleur bleue ! Alors oui, je me suis jetée sur les livres, et j’attendais avec impatience chacun des tomes ! Mais qu’en est-il 15 ans plus tard ?! Hé bien… J’avais pensé qu’ils s’agiraient de livres doudous… Erreur ! L’expérience de l’âge m’a fait voir d’un œil nouveau cette saga de livre et j’ai rapidement déchanté. Les failles de l’écriture, du scénario, des personnages m’ont sauté à la figure comme un moustique attiré par du sang sucré !

De quoi parle la saga ?
La saga raconte la vie de lycéenne d’Isabella Swan, qui déménage à Forks vivre avec son père. Elle va tomber amoureuse d’un vampire : Edward Cullen. Elle va alors entrer dans un monde paranormal avec les différents modes de vies et groupes de vampires, va tenter de vivre sa relation avec Edward et va également entrer dans un triangle amoureux, avec Jacob, son meilleur ami et loup-garou. Bella va donc devoir choisir le monde auquel elle souhaite appartenir…

La première édition de la saga

Tout commence par un rêve…

Car oui, Stéphanie Meyer, dans l’une de ses nombreuses interviews, avoue clairement que l’histoire lui est venue lors d’un rêve. Une jeune humaine et un vampire amoureux mais assoiffé de son sang, sont dans une clairière ensoleillée et la peau de ce dernier brille… ça vous parle non ?! Voici le premier chapitre écrit ! Suivra un livre écrit en moins de trois mois !
Et ce livre va nous proposer tous les codes de la romance :

  • Un amour interdit entre notre Roméo qui aime Juliette et qui ne veux pas la manger
  • Un héros au passé sombre et une jeune fille qui découvre l’amour
  • Un triangle amoureux
  • Une lutte entre deux hommes représentant deux faces opposés d’un monde éternel : la mort ou la vie.
  • Un amour jeune, une séparation brute, une mariage, une lune de miel, un enfant, un mensonge et enfin, un GRAND méchant !

Oui oui ! Tout ça dans une saga young adult de quatre tomes, publié entre 2005 et 2008. Mais pas que…
Une nouvelle : L’appel du sang, avec le point de vue d’un autre personnage apparaissant dans Hésitation est publié en 2010.
Il est également annoncé Midnight Sun, le premier tome du point de vue d’Edward mais suite à la fuite des premiers chapitres sur internet, l’auteure stoppe son écriture. Mais TADAMMMM ! Grosse actu ! Finalement, la sortie du livre est annoncée pour août 2020 !

Une écriture qui maîtrise les codes mais…

Mais… Si je gardais un souvenir très édulcoré de ma lecture et de la saga, le relire à 28 ans m’a fait l’effet d’une belle baffe ! Adolescente, le romantisme et l’histoire m’ont happée ! Il s’agissait de l’un de mes premiers livres d’amour… Adulte, avec une plus grande expérience de lecture dans ce genre, j’ai retrouvé très (trop) facilement, les livres fétiches du genre : Orgueil et préjugés, Roméo et Juliette, Les Hauts de Hurlevent… Ils sont tous là, et chacun a son livre de la saga ! Alors pourquoi pas ? A l’adolescence, ce ne sont peut être pas des livres facilement abordables et Twilight a clairement proposé une inspiration très moderne de ces grandes oeuvres !

Mais outre cette constatation, c’est vraiment un sentiment de platitude lors de ma dernière lecture qui a joué sur mon ressenti. J’ai trouvé certaines tournures de phrases bâclées, des dialogues pauvres, des ficelles d’écritures évidentes… Je n’en revenais pas d’avoir autant de mal à finir de lire cette saga que j’avais tant aimée et lue adolescente… Pourtant, il a fallu me rendre à l’évidence, je n’adhérais clairement pas à la plume de l’auteure… Néanmoins, ayant la première édition de la saga, la traduction des livres peut énormément jouer sur ce ressenti.

Des montres amoureux…

L’une des autres nouveautés de Twilight, c’est cette nouvelle façon de présenter des monstres très connus de l’imaginaire collectifs en les transformant en amoureux transis. En effet, là encore, Stéphanie Meyer a gardé tout l’utile et supprimé les éléments dérangeants.
On retrouve nos vampires, beaux, immortels, fascinants, et on élimine l’effrayant en proposant un régime végétarien (sauf pour les vrais méchants !). On propose des loups-garous tout en muscles, tout en meute, avec une vraie loyauté et incarnation de la protection et on enlève la bestialité dérangeante. Et surtout, nos deux bonshommes sont totalement fous amoureux de la petite Bella ! Impossible donc qu’ils incarnent une réelle menace…

Un soupçon de malaise pour les possibles horreurs que peuvent réaliser ces monstres mais surtout, l’attrait de l’interdit, du surnaturel ! Bella a le choix entre deux bad boys, d’un genre nouveau et très différents l’un de l’autre.
C’est nouveau, c’est frais et ça marche sur le public féminin !

Une adaptation au cinéma à peine quatre ans plus tard

Les cinq films de la saga Twilight
Les 5 films de la saga Twilight

Portée par la société de production Summit entertainment, ce n’était qu’une question de temps avant que la saga littéraire ne se mue en une saga sur grand écran, pour le plus grand bonheur des fans d’histoires d’amour mordantes. Nous sommes en 2008 et dans les salles obscures, un raz-de-marée est en train de se produire. Un tsunami bruyant, criant à certaines apparitions d’Edward Cullen. Avec Fascination, le premier chapitre de la saga, le phénomène est une nouvelle fois en route.

L'affiche de Fascination
L’affiche de Fascination
La bande annonce de Fascination

Entre Fascination et consternation

Avec 37 millions de dollars de budget, Fascination était clairement peu ambitieux dans sa création. Et malheureusement, le premier opus de la saga souffre quelque peu du manque de budget. Notamment sur certains effets spéciaux un peu hasardeux comme les courses accélérées ou certains passages du combat final entre James et Edward. Mais en fait, peu importe. Les années passant, et plus d’une décennie plus tard, Fascination exerce toujours ce pouvoir assez étrange. Une romance confinant au navet, relativement mal jouée, mais que l’on se plaît à revoir de temps à autres. La recette Twilight mêlant jeunesse, romance et vampires (entre autres bien-sûr, mais nous ne sommes qu’au premier opus), marche, c’est indéniable.

Et c’en est presque consternant car en réalité, ce premier opus n’a pas grand-chose à offrir cinématographiquement si ce n’est peut être la BO. De Carter Burwell et avec des incursions de Paramore, Muse et Claude Debussy. Mais au visionnage on n’y peut rien et on se demande ce qu’il va advenir des amants maudits. La suite ne s’est d’ailleurs pas faite attendre et dès 2009, sort Tentation. Un rythme annuel que suivront les autres épisodes de la saga.

L'affiche de Tentation
L’affiche de Tentation
La bande annonce de Tentation

Tentation et Hésitation une dimension différente

Après un premier épisode en dents de scie, c’est au tour de Tentation de poursuivre la saga en mettant en scène un défi aussi bien scénaristique que technique : des loups-garous jusque là suggérés. Et là, alors que le premier épisode pêchait par naïveté visuelle et jouée, le second opus est plus assuré et pose une patte plus claire sur ses effets visuels. Les loups sont franchement bien modélisés et leurs expressions reflètent le jeu de leurs acteurs. C’est une belle réussite de cet épisode. Pour ce qui est du reste, Tentation n’est pas l’épisode le plus marquant de la série. Il semble plus faire office de transition que de réelle Tentation pour Bella, du moins, dans la version cinématographique. On y entrevoit les Volturi et quelques bribes d’histoires transversales. Cela donne du corps à la saga mais pour ce qui est des atermoiements amoureux de Bella, Edward et consorts, on repassera…

Un an après seulement, c’est à un rythme effréné que sort le troisième volet de la saga vampirique, Hésitation. Un volet plus spectaculaire avec (il y a prescription pour les spoils a priori mais au cas où, vous pouvez arrêter votre lecture ici) le retour de Victoria sous les traits de Bryce Dallas Howard. Des affrontements spectaculaires, un triangle amoureux qui se dessine plus clairement, les enjeux sont clairs et bien établis. Visuellement c’est beau ou a minima, c’est neutre, et l’on se prend à être team Edward ou team Jacob au fil du film. Un bien étrange phénomène. Mais ce troisième volet prépare, encore une fois, le terrain pour le climax de la série, Révélation. Une conclusion filmée en deux parties pour donner corps à une fin de série différente mais intéressante. Une conclusion hantée par le spectre du film de trop…

L'affiche de Révélation (partie 2)
L’affiche de Révélation (partie 2)
La bande annonce de Révélation (partie 1)

Révélation, un conclusion en deux épisodes pour un seul livre…

2011 et 2012 sont à marquer d’une pierre blanche pour les amateurs de la saga car ce sont les années de sortie des parties 1 et 2 de Révélation, le dernier volet des films Twilight. Et là encore un défi à relever pour les équipes de réalisation : Renesmée, l’enfant hybride d’Edward et Bella. Un défi en partie relevé. Ce n’est pas génial, mais on dira que les personnages en images de synthèse en étaient alors à leurs balbutiements. Mais le défi le plus important, reste de montrer un mariage en grande pompe, une pelletée de nouveaux personnages plus ou moins attachants, une lune de miel éclair, un accouchement chaotique assorti d’une pirouette pour éviter un affrontement puis… un final sur lequel on reviendra. Pour le mariage, c’est sympathique sans tirer des larmes non plus. On finit plus par se prendre d’intérêt pour les amis des Cullen qui feront partie de la suite des événements. On y entrevoit encore une histoire avec plus de corps et de profondeur mais qui peine à se faire une place dans la romance. C’est dommage, mais après tout, on est un peu là pour ça aussi.

Une lune de miel des plus rapides

La lune de miel ne fait pas franchement rêver et passe assez anecdotiquement à la suite : Bella est enceinte. Retournement de situation. Les Loups sont furieux et Jacob s’émancipe. On sourit, on est parfois gênés par le jeu de certains acteurs. Bref il y a du bon et du moins bon. Puis après quelques coups de griffes et des coups de poings bien sentis, bam, naissance de Renesmée et mort puis vie pour Bella. Nous sommes maintenant dans la dernière partie de Twilight. Une partie destinée à une seule et unique chose (à part à rapporter, mais loin de nous cette idée), montrer le combat final. Sinon pourquoi tant traîner en longueur sur le quatrième opus. Il fallait pouvoir prendre le temps de montrer un affrontement épique qui répondrait à toutes les questions, rameuterait les amateurs d’action et de sensations fortes. Une scène qui change pas mal de choses.

Le casting

Côté casting, c’est un peu compliqué. Les noms sont connus et célèbres : Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner, Dakota Fanning, Michael Sheen… Et malgré tout ça, eh bien force est de constater que la sauce peine à prendre. Kristen Stewart n’arbore qu’une seule et même expression, le gêne (ou la souffrance selon les avis) et ce, décliné sous différentes formes. Un jeu partagé par Jason Rathbone qui fait bien ressentir le combat intérieur de Jasper contre sa soif de sang par une expression un tantinet gênante. Robert Pattinson ne s’en sort pas si mal et les abdos de Taylor Lautner prennent plus de place que son jeu dans la saga. Bref, le casting peine un peu à convaincre…


L’affrontement final

Bon, maintenant, entrons dans le vif du sujet. Après quatre épisodes de oui, non, peut-être, mais c’est dangereux, ça pique, place à la conclusion de la saga. Et Révélation, deuxième partie y offre un affrontement entre les Cullen et les Voluri que ne propose pas l’œuvre originale. Là ou le livre résout le conflit relativement pacifiquement entre les deux familles, le film offre une conclusion plus crue. Plus violente. Moins froide. Et franchement, le parti pris désarçonne un peu mais donne un souffle différent à la saga. On y voit la pleine mesure des pouvoirs de chacun et l’on se satisfait de la mort de certains personnages. Cette bataille a quelque chose de jouissif et choque à la manière d’un bon épisode de Game of Thrones ou tout peut arriver. C’est assez fort et inattendu pour la saga.

En conclusion, la saga cinématographique Twilight a indéniablement participé à la postérité des œuvres et se pose aujourd’hui comme un phénomène générationnel. On la regarde sans conviction aucune mais avec un relatif plaisir réconfortant et coupable. Pour ce qui est de la postérité, la saga a définitivement marqué un tournant dans la romance moderne et paranormale et lancé la carrière d’un casting pourtant peu à son avantage.

Le phénomène Twilght

Car oui, en 2005, les romans new adult et la romance paranormale, ça ne court pas les rues ! Allier deux genres, et toucher un cœur de cible souvent laissé pour compte, c’est un coup de génie ! Et il n’y a pas grande chose à dire, si ce n’est que les jeunes filles sont au rendez-vous !

En France, c’est la première saga de livres de ce genre qui va bénéficier d’une telle notoriété, une telle couverture médiatique mais également d’une grande communauté de fans qui va faire exploser les forums et discussions sur internet ! L’imaginaire des jeunes lectrices s’envole, et de nombreux forum de RP, ou même des fan-fictions vont connaitre leur propre public. Les séries « Cinquante nuances de Grey » (2012) ou encore « After » (2015) découlent directement de ce phénomène ! Un manga va également être proposé en 2010 chez Pika, pour toucher un lectorat supplémentaire.

La réaction à cet engouement de la sphère internet va être tout aussi violente. La blogosphère va se lâcher ! Plus la saga avance, plus les critiques fusent ! De plus en plus d’avis négatifs vont être partagés. Des anti-fans vont attiser l’énervement des fans et vont se filmer en train de brûler les livres de la saga
Les moqueries sur la littérature sentimentale pour jeunes filles vont prendre énormément d’ampleur, et des auteurs vont également proposer leurs critiques sur l’écriture de Stéphanie Meyer. On va parler de misogynie, de mythe, de religion, de morale, de sexe… Tous les sujets vont être décortiqués et de nombreuses parodies vont voir le jour : « Mords-moi sans hésitation », « Twinklight » (ne regardez pas si vous avez moins de 18 ans !), « Imitation, une parodie »…

La véhémence des réactions sur internet va donc contribuer à la visibilité de toute cette saga, et à l’engouement des différents groupes de lecteurs de cette saga.

Twilight mais pas que…

Car Stéphanie Meyer n’a pas écrit que Twilight. Auteure également d’une oeuvre de science fiction, qu’avec mon regard d’adulte, j’ai vraiment apprécié de relire : Les Âmes Vagabondes. Ce livre raconte l’histoire de Mélanie, une jeune humaine faisant partie des derniers « humains libres », qui va se retrouver avec un parasite alien en elle : Vagabonde. Partageant un même corps, chose a priori impossible, elles vont être obligées de cohabiter ensemble.

Un livre qui, encore une fois, allie la romance avec un autre genre. Le survival et la science-fiction cette fois. La plume est plus fine, l’histoire mieux ficelée et novatrice. Ecrit pour un public plus adulte, je pondère légèrement cette idée en disant que cela convient également très bien à des adolescents. Plus sombre et plus violent que la saga phare de Stéphanie Meyer, cette dernière m’a clairement conquise avec cette histoire, qui a également été adaptée au cinéma.
L’auteure a également écrit quelques nouvelles et l’oeuvre La Chimiste, un polar, qui est dans ma PAL…

On lit? On regarde?

Stéphanie Meyer semble être une auteure qui aime tester les différents genres, et c’est un vrai plus ! Mais pour ce qui est de la lecture, force est de constater que passée la vague de surprise à la sortie, le souffle retombe. Pire que ça, l’oeuvre semble aujourd’hui avoir autant de défauts que de qualités. C’est l’apanage des années qui passent sur nos souvenirs. Donc aujourd’hui, on ne peut que conseiller de relire pour la nostalgie, mais rien de plus. Et de vous armer de courage. Les autres romans de Stephenie Meyer ont mieux su résister aux affres du temps et vous les préférerez sûrement aux livres qui ont fait la renommée de l’auteure. A voir ce que donnera Midnight Sun

Pour ce qui est des films, on a du mal à vous dire de regarder, comme ça de but en blanc. Tout simplement parce que si vous n’avez pas été pris dans le tourbillon du phénomène lorsqu’il est sorti, vous peinerez à en voir l’intérêt. Pour les autres, évidemment nous savons bien que vous ne zapperez pas s’ils passent à la télévision et que c’est toujours agréable de reprendre une bouffée de nostalgie. Clairement plus à regarder qu’à lire donc à l’heure d’aujourd’hui ! Et à classer dans la catégorie des navets sympathiques, marquants pour toute une génération, mais dont la postérité n’égale pas la valeur.

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1 Commentaire

Midnight Sun de Stéphanie Meyer - Le grenier de noctua 23 août 2020 - 13 h 13 min

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